As-tu vu les memoires de Frederic Mistral, son livre est en ligne!Frederic Mistral est ecrivain celebre qui a etudie et vecu un temps a Aix en Provence, il etait un poete celebre, un fervent defenseur de la culture de la langue en provence, vous pouvez le lire gratuitement, ces recits sont entrés dans le domaine public je n'ai pas de droit d'auteur a payer, habitant la provence aujourd'hui j'ai le plaisir de l editer sur ces pages web electronique et peut etre vous le faire connaitre et j'espere apprecier, bonne lecture!Titre du livre: Mes origines, memoires et recits de Frederic MistralChapitre 1. — Page precedente — — Page suivante — Des qu'on eut detele, au milieu des dunes couvertes d'arroches et de tamaris, qui entourent le bourg, nous courumes a l'eglise. "Eclaire-les, ces Saintes cheries!" criaient des Montpellieraines qui vendaient, devant la porte, des cierges, des bougies, des images et des medailles. L'eglise etait bondee de gens du Languedoc, de femmes du pays d'Arles, d'infirmes, de bohemiennes, tous les uns sur les autres. Ce sont d'ailleurs les bohemiens qui font bruler les plus gros cierges, mais exclusivement a l'autel de Sara, qui, d'apres leur croyance, etait de leur nation. C'est meme aux Saintes-Maries que ces nomades tiennent leurs assemblees annuelles, y faisant de loin en loin l'election de leur reine. Pour entrer ce fut difficile. Des commeres de Nimes embeguinees de noir, qui trainaient avec elles leurs coussins (le coutil pour coucher dans l'eglise, se disputaient les chaises : "Je l'avais avant vous! Moi je l'avais louee!" Un pretre faisait baiser de bouche en bouche _le Saint Bras_; aux malades on donnait des verres d'eau saumatre, de l'eau du puits des Saintes qui est au milieu de la nef et qui, a ce qu'on dit, ce jour-la devient douce. Certains, pour s'en servir en guise de remede, raclaient avec leurs ongles la poussiere d'un marbre antique, sculpture encastree dans le mur, qui fut "l'oreiller des Saintes". Une odeur, une touffeur de cierges brulants, d'encens, d'echauffe, de faguenas, vous suffoquait. Et chaque groupe, a pleine voix et pele-mele, y chantait son cantique. Mais en l'air, quand apparurent les deux chasses en forme d'arches, aie! quels cris "Grandes Saintes Maries!" Et a mesure que la corde se deroulait dans l'espace, les cris aigus, les spasmes s'exasperaient de plus belle. Les fronts, les bras leves, la foule pantelante attendait un miracle... Oh! du fond de l'eglise, soudain s'est elancee, comme si elle avait des ailes, une superbe jeune fille, blonde, dechevelee; et frolant de ses pieds les tetes de la foule, elle vole, comme un spectre, au travers de la nef, vers les chasses flottantes et crie: "O Grandes Saintes! Rendez-moi, par pitie, l'amour de mon cadet! " Tous se leverent. "C'est Alarde " criaient les Beaucairois. "C'est sainte Madeleine qui vient visiter ses soeurs!" disaient d'autres effares... Et en somme nous pleurions tous. Pour finir, le lendemain, il y eut la procession sur le sable de la plage, au mugissement, au souffle des ondes blanchissantes qui s'y eclaboussaient. Au loin, sur la haute mer louvoyaient deux ou trois navires qui avaient l'air en panne et les gens se montraient une trainee resplendissante que le remous des vagues prolongeait sur la mer: "C'est ce chemin, disait-on, que les Saintes Maries, dans leur nacelle, tinrent pour aborder en Provence apres la mort de Notre-Seigneur". Sur le rivage vaste, au milieu de ces visions qu'illuminait un soleil clair, il nous semblait vraiment que nous etions en paradis. Chapitre 1. —
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