As-tu vu les memoires de Frederic Mistral, son livre est en ligne!Frederic Mistral est ecrivain celebre qui a etudie et vecu un temps a Aix en Provence, il etait un poete celebre, un fervent defenseur de la culture de la langue en provence, vous pouvez le lire gratuitement, ces recits sont entrés dans le domaine public je n'ai pas de droit d'auteur a payer, habitant la provence aujourd'hui j'ai le plaisir de l editer sur ces pages web electronique et peut etre vous le faire connaitre et j'espere apprecier, bonne lecture!Titre du livre: Mes origines, memoires et recits de Frederic MistralChapitre 1. — Page precedente — — Page suivante — Tout un peuple de serviteurs, d'hommes loues au mois ou a la journee, de sarcleuses, de faneuses, allait, venait dans les terres du Mas, qui avec l'aiguillon, qui avec le rateau ou bien la fourche sur l'epaule, et travaillant toujours avec des gestes nobles, comme dans les peintures de Leopold Robert. Quand, pour diner ou pour souper, les hommes, l'un apres l'autre, entraient dans le Mas, et venaient s'asseoir, chacun selon son rang, autour de la grande table, avec mon seigneur pere qui tenait le haut bout, celui-ci, gravement, leur faisait des questions et des observations, sur le troupeau et sur le temps et sur le travail du jour, s'il etait avantageux, si la terre etait dure ou molle ou en etat. Puis, le repas fini, le premier charretier fermait la lame de son couteau et, sur le coup, tous se levaient. Tous ces gens de campagne, mon pere les dominait par la taille, par le sens, comme aussi par la noblesse. C'etait un beau et grand vieillard, digne dans son langage, ferme dans son commandement, bienveillant au pauvre monde, rude pour lui seul. Engage volontaire pour defendre la France, pendant la Revolution, il se plaisait, le soir, a raconter ses vieilles guerres. Au fort de la Terreur, il avait ete requis pour porter du ble a Paris, ou regnait la famine. C'etait dans l'intervalle ou l'on avait tue le roi. La France, epouvantee, etait dans la consternation. En retournant, un jour d'hiver, a travers la Bourgogne, avec une pluie froide qui lui battait le visage, et de la fange sur les routes jusqu'au moyeu des roues, il rencontra, nous disait-il, un charretier de son pays. Les deux compatriotes se tendirent la main, et mon pere, prenant la parole: Tiens, ou vas-tu, voisin, par ce temps diabolique? Citoyen, repliqua l'autre, je vais a Paris porter les saints et les cloches. Mon pere devint pale, les larmes lui jaillirent et, otant son chapeau devant les saints de son pays et les cloches de son eglise, qu'il rencontrait ainsi sur une route de Bourgogne: Ah! maudit, lui fit-il, crois-tu qu'a ton retour, on te nomme, pour cela, representant du peuple? L'iconoclaste courba la tete de honte et, avec un blaspheme, il fit tirer ses betes. Mon pere, dois-je dire, avait un foi profonde. Le soir, en ete comme en hiver, agenouille sur sa chaise, la tete decouverte, les mains croisees sur le front, avec sa cadenette, serree d'un ruban de fil, qui lui pendait sur la nuque, il faisait, a voix haute, la priere pour tous; et puis, lorsqu'en automne, les veillees s'allongeaient, il lisait l'Evangile a ses enfants et domestiques. Chapitre 1. —
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