As-tu vu les memoires de Frederic Mistral, son livre est en ligne!Frederic Mistral est ecrivain celebre qui a etudie et vecu un temps a Aix en Provence, il etait un poete celebre, un fervent defenseur de la culture de la langue en provence, vous pouvez le lire gratuitement, ces recits sont entrés dans le domaine public je n'ai pas de droit d'auteur a payer, habitant la provence aujourd'hui j'ai le plaisir de l editer sur ces pages web electronique et peut etre vous le faire connaitre et j'espere apprecier, bonne lecture!Titre du livre: Mes origines, memoires et recits de Frederic MistralChapitre 1. — Page precedente — — Page suivante — Et Jean Roussiere enumerait tous les endroits des deux rives: les auberges, les hotesses, les rivieres, les palees, les paves et les gues, d'Arles au Revestidou, de la Coucourde a l'Ermitage. Mais son bonheur, mais son triomphe, a notre brave Rousseyron, c'etait lors de la Saint-Eloi. A vos Maillanais, disait-il, s'ils ne l'ont pas vu encore, nous montrerons comment on monte une petite mule. Saint-Eloi est, en Provence, la fete des agriculteurs. Par toute la Provence, les cures, comme vous savez, ce jour-la , benissent les betes, anes, mulets et chevaux, et les gens aux bestiaux font gouter le pain benit, cet excellent pain benit, parfume avec l'anis et dore avec des oeufs, qu'on appelle _tortillades_. Mais chez nous, ce jour-la , on fait courir la charrette, un chariot de verdure attele de quarante ou cinquante betes, caparaconnees comme au temps des tournois, harnachees de sous-barbes, de housses brodees, de plumets, de miroirs et de lunes de laiton, et on met le fouet a l'encan, c'est-a -dire qu'a l'enchere on met publiquement la charge de Prieur: A trente francs le fouet! a cent francs! a deux cents francs! Une fois, deux fois, trois fois! Au plus offrant echoit la royaute de la fete. La _Charrette Ramee_ va a la procession, avec la cavalcade de laboureurs allegres qui marchent fierement, chacun pres de sa bete, en faisant claquer son fouet. Sur la charrette, accompagnes d'un tambour et d'un fifre, les Prieurs sont assis. Sur les mulets, les peres enfourchent leurs petits qui s'accrochent heureux aux attelles des colliers. Les colliers, a leur chaperon, ont tous une _tortillade_ (gateau en forme de couronne) et un fanion en papier avec l'image de saint Eloi. Et, porte sur les epaules des Prieurs de l'an passe, le saint, en pleine gloire, tel qu'un eveque d'or, s'avance la crosse a la main. Puis, la procession faite, la Charrette emportee par les cinquante mulets ou mules, roule autour du village, dans un tourbillon, avec les garcons de labour courant eperdument a cote de leurs betes, tous en corps de chemise, le bonnet sur l'oreille, aux pieds les souliers minces et la ceinture aux flancs. C'est la que Jean Roussiere, montant, cette annee-la , notre mule "Falette" a la croupe d'amande, epata les spectateurs. Preste comme un chat, il sautait sur la bete, descendait, remontait, tantot assis d'un seul cote, tantot se tenant debout sur la croupe de la mule et tantot sur son dos faisant le pied de grue, l'arbre fourchu ou la grenouille, en un mot la fantasia, comme les cavaliers arabes. Le plus joli, c'est la que je voulais en venir, fut au repas de Saint-Eloi (car, apres la charrette, les Prieurs paient le festin). Lorsqu'on eut mange et bu et que le ventre plein, chaque convive dit la sienne, Roussiere se leva et fit a la tablee: Chapitre 1. —
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